Mis à jour le  19/10/2004

 

 

 

 

 

 


                                                                                                                                                                                                           

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                           

 

 

 

 

 

 


                                La CROISEE

                                            des

                                       CHEMINS

 

 

 

                                                                  Un Roman inédit de Jean-Paul LEPRINCE

 

 

Chapitres

               1 Bière et moules frittes

               2 Visite chez Jean-Roger

               3 Rencontre du troisième type

 

 

 

 

 

 

 

 

                          PROLOGUE

T out au fond d'une caverne, une vieille femme pleure, le poing  serré contre sa poitrine, devant quelques braises à peine éteintes. Il fait trop sombre pour apercevoir les étranges inscriptions et dessins sur les parois de pierre. La terre tremble violemment, des rochers se détachent du sommet et roulent un peu partout, un  grondement sourd et continu encombre les oreilles, ses jolis yeux bleus-violets se voilent, elle arrive juste à prononcer dans un dernier souffle :  Shoom Kaar  !  Ses yeux se ferment. Une larme coule sur sa joue couverte de poussière. Sa main s'ouvre et laisse glisser un objet métallique brillant. Il roule à quelques pas puis rebondit sur une pierre, tombe sur un niveau inférieur et s'enfonce dans l'épaisseur d'un lit de sable sec.

 

 

 

 

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La Braderie de LILLE

 

        Aujourd'hui est un grand jour. Je vais enfin connaître par moi-même cette fameuse braderie de Lille, dont mon ami Alain, nous inonde les oreilles pendant de longues heures lors de notre réunion  annuelle du club de la fac, en terminant par :

-     Vous avez raté ça ! Cette année il y avait une ambiance, exceptionnelle...

Il faut dire qu’il habite la région Lilloise, qu’il est un peu chauvin, et beaucoup militant pour sa région.

      Le  pire c'est qu'il a fallu se lever de bonne heure, et emprunter cette longue route qui sépare Calais de Lille. Mais en récompense, il y a eu le paysage des champs verdoyants d'où s’élevait une brume fine et fantoma­tique, des monts et des ruisseaux et surtout la vision étrange depuis le bord de l'autoroute de ces poteaux inclinés et reliés à des câbles, qui servent à la récolte du houblon qui lui-même sert à la fabrication de la bière... Et je pensais à cette mousse blanche, onctueuse et doucement  amère et aux milliers de bulles qui explosent au bord de la bouche  jusque dans le nez et qui me suggère immédiatement un grand ahhh  de plaisir. J'allais dire à haute voix : c'est encore loin Lille ? Avec en sous entendu quand est-ce que l'on s'en jette un godet derrière la cravate ? Quand comme pour répondre à ma question un panneau indicateur caché par un camion atteint mon champ de vision à quelques centaines de mètres et me renseigne instantanément.

    J’étais pile à l’heure au rendez-vous. Mais il a fallu trouver l'endroit idéal pour se garer, chose peu facile vu l'affluence. Mais je n’ai pas eu à invoquer un quelconque ange gardien (*) pour me venir en aide. Un emplacement s’est libéré juste devant la voiture et ces aimables, souriantes personnes me firent même un geste  sympathique de la main, en guise de salut. A environ 100 mètres de là J’aperçois Alain qui a dû voir de loin la voiture  arriver et fait de grands signes de sémaphore, comme un moulin à vent en folie, tout en courant dans ma direction. Après les accolades et les tapes dans le dos, Alain déclare:

-     J'étais sur de te  trouver  garé  dans  ce  secteur...  Pas  trop de monde sur la route?  

       Tout en nous  racontant, j’ai soigneusement verrouillé les portes du véhicule. Maintenant nous marchons au milieu de la foule bruyante, environnés d'odeurs de saucisses grillées, de barbe à papa, de fritures, et toute sortes de parfums exotiques, alimentaires ou aromatiques.

    Il  règne un bruit de fond continu, fait de murmures de bribes de conversations, d'exclamations admiratives, de rires, de musiques mélangées, et un piétinement constant comme si un très long mille-pattes à galoches n'en finissait plus de défiler.

Pour accéder aux vendeurs, ce n'est pas toujours facile, il faut franchir  un rideau de postérieurs gesticulants, en poussant parfois même un peu...  Il ne fait aucuns doutes que les gens du coin ont la bousculade facile.

On peut trouver tous les rebuts de greniers, ou de fonds de caves. Des pièces mécaniques obsolètes  en  provenance de modèles automobiles démodés, des livres, des  jouets, des disques, des meubles, le tout couvert d'une  bonne  couche de poussière, de crasse ou de rouille, attestant de la vieillesse des objets.

    Manifestement il faut discuter du prix, pour le faire baisser car toutes ces pièces ‘rares’ sont toutes autant inestimables que très surestimées.

    Alain est en posture amusante, la tête dans un profond carton, remue les épaules de droite à gauche comme s'il essayait  une nouvelle danse, ou de jouer les catcheurs avec un nain invisible. Il en sort victorieux les yeux brillants et en souriant de toutes ses nombreuses dents, une vieille pipe en écume dont le foyer représente un oeuf maintenu par une serre d'aigle. L'objet est joli, mais il y manque le tuyau. Il commence à marchander le prix à la baisse, et pour mon compte personnel  je ramasse dans un pot parmi d'autres crayons, un magnifique porte-mine tout en métal chromé couvert de toutes sortes de hiéroglyphes, et d'incrustations décoratives d'un magnifique bleu métallique parcouru d'une quantité de petits réseaux dorés, je l’examine, cela ressemble plutôt vu de prés, à un petit microscope de poche. L’anneau doit sûrement se dévisser. Je questionne le vendeur entre deux baisses de tarif d'Alain.

-     C'est quoi ce truc   ?

Il me répond d'un coup d’œil à la fois  agacé et interrogateur et retourne à son marchandage.

-     Ouais! Elle n'a plus de tuyau mais c'est décoratif, c'est ancien ça monsieur, ça vient de toutes les vieilles saloperies que mon  arrière grand père m'a laissées en héritage.

 J'insiste de nouveau.

-     C'est  quoi...

 L’autre me fusille d’un regard qui pourrait signifier:

-     Cela ne se voit pas que c’est un crayon espèce de...

et retourne à ses négociations avec Alain... Lassé d’attendre une réponse je prononce alors la phrase  magique qui me rend soudain intéressant.

-     C'est combien ?

L'autre répond.

-     Deux €uros mon cher monsieur.

 avec un grand sourire, libérant ses jolies dents (aussi jaunes que le blanc de ses yeux). J'échange immédiatement l'objet contre une pièce et recule pour laisser Alain en pleines tractations...

       La  journée se déroule sans encombre, avec au menu la traditionnelle ration de moules frites, pain et bière, qui fait l'objet  d'une  vraie compétition entre les restaurateurs Lillois. Ceux-ci en empilent les écailles et autres résidus, devant leur porte en guise de trophée à la gloire des goinfres que nous sommes. Celui qui à le tas le plus haut à les honneurs de la presse... Et je le pense aussi à la joie déconfite des éboueurs, qui ont déjà bien  assez de travail avec les papiers gras et les détritus laissés par les vendeurs et les visiteurs.

 

 

 

       Ce truc métallique est impossible à dévisser. Si c'est un stylo je crois que je peux dire adieu à l'espoir d'y placer une recharge. Ce n'est probablement pas non plus un microscope de poche. Car bien qu'il semble exister un orifice d'un coté, il parait bouché en profondeur et ce n'est pas non plus une lampe de poche. D'ailleurs il n'y a pas de renflement ou autre partie qui puisse ressembler à un quelconque interrupteur. Vu de très prés à la loupe c'est  magnifique. L'artiste qui a gravé ces motifs d'une finesse incroyable, a dû faire cela avec une très grosse loupe. Est-ce une  écriture  ou simplement un motif décoratif ? Peut être s'agit-il après tout, d'une sorte de bijou ? Sur le dessus il y a un anneau. Je suis de plus en plus intrigué par cet objet... je  finis par m’imaginer qu'il a dû tomber d'une soucoupe volante, tellement il me parait de plus en plus bizarre. De plus quand on le tien en main il s'en dégage comme une sensation de bien  être, comme  une sympathique vibration silencieuse. Bien que  métallique il n'est pas vraiment froid, pas vraiment lourd, par contre il est si dur qu'il est impossible de le plier même légèrement comme on le ferait avec un objet de métal léger de ce diamètre. Demain je pense avoir le temps de prendre ce truc en photo pour faire un agrandissement des dessins et montrer cela à un copain  passionné d'art et d’Egypte ancienne. Peut-être qu'il saura me dire et m’expliquer ce qui que quoi qu’est ce... ??

 

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Jean-Roger

 

       Tout  en  haut d'un seuil de plusieurs marches j'appuie sur le bouton  de la sonnette. Cela fait très longtemps que je n'ai pas revu Jean-Roger... La porte s'ouvre, il a bien changé depuis qu'il s'est  marié. Il a perdu son look superbe, longiligne et sportif, au  profit d'un air de grosse baudruche en robe de chambre à fleurs.

-     Theo !!! Qu’elle  bonne surprise ! Dis donc, tu n’as pas changé, tu as toujours ton look d’aventurier... entre vite!

Puis me regardant d'un air contrit, il se tape sur le ventre en souriant ajoutant pour confirmer :

-     La  délicieuse  cuisine  de  mon  encore  plus délicieuse épouse.

 Il me prend par le bras et me tire vers la cuisine.

-     Chérie ! Viens voir ce qui nous arrive, y'a un revenant qui s'est  pendu à notre sonnette et qui en plus a l'air maigre et affamé. Il va falloir lui faire goûter ton risotto de calmars marinés au vin blanc.

  Je  vois  apparaître  dans  l'entrebâillée de la porte  deux mains et un torchon, puis une jolie frimousse de blonde souriante.

-     Bonjour!  Entrez,  entrez ! J'arrive tout de suite le temps d'enlever mon tablier et je suis à vous.

       Jean-Roger me fait entrer dans son salon, toujours très lourdement  chargé de ses nombreux souvenirs de voyages. La  bibliothèque débordante de livres, (encore plus obèse que son propriétaire) les murs généreusement ornés d’objets d'art primitif ou anciens, contribuent à créer une atmosphère.

-     Quel bon vent t'a amené jusqu'ici ? Cela fait au moins cinq bonnes années que je ne t'avais pas revu... Mais tiens va t’asseoir.

Il me désigne un fauteuil sur le bord duquel je me pose et lui réponds amusé :

-     le vent n'a rien à voir là dedans, j'ai besoin de tes précieux services de vieux barbu cultivé archéologue poussiéreux spécialisé en art... Et oui c'est comme ça les amis, on les voit toujours apparaître quand ils ont besoin de toi...

-     Arrêtes, tu me fais peur. Tu n'as pas l'intention de m'emmener faire un tour en bateau ou en montgolfière comme la dernière fois ? Quand tu as voulu me faire goûter aux joies du silence de la nature en plein ciel ? C'est depuis ce temps là que j'ai le mal des transports... Et le coup du bateau, je ne suis pas prés de l'oubli...

-     Non, excuse-moi de te couper mais j'ai un truc bizarre à te montrer... lui dis-je en me relevant.

Je lui pose la série de photo et agrandissement devant la table basse du salon. Il s'agenouille en mettant ses lunettes pour regarder de plus prés. Il se met à émettre des sons bizarres entre gargouillements et raclement de gorge en retournant les photos dans tous les sens.

-     Grum ! pfou ! Hein ! hum rum plom plom plom ! pfff!

 Je l'interromps en disant :

-     oui mais encore !  

-     Ben tu sais... j'essaye de situer l'objet, d'abord c'est grand comment ton... machin ?

       Je le sors de ma poche et le lui tend. Il fait :

-      pfou !!!  Ça c'est un crayon vraiment original c'est quoi au juste ?  Tu as trouvé ça où ?

       Je lui raconte mon histoire à laquelle il conclut par :

-     Ben dit donc on en trouve des trucs inouïs à la braderie de Lille...

 Il reprend en main les photos et les regarde très attentivement. Puis il se lève d'un bond, part en courant et revient avec un gros bouquin, une loupe, et Julianne qui justement sortait de sa cuisine.

-     Regardes-moi ce truc que Théo m’a rapporté

lui dit-il en battant rapidement les pages du livre dans tous les sens pendant que Julianne se penche sous la lampe avec la loupe pour observer à son tour l'objet.

Puis il va rapidement chercher deux autres livres qu'il feuillette également en émettant les  borborygmes et des :

-     Non ! Ce n'est pas ça, non ça non plus, mouais, rum, fuuu...

 Julianne dit.

-     Tu as vu ? On dirait de minuscules cellules solaires, en tous cas c'est très joli, et ces espèces de hiéroglyphes c'est quoi, ce n'est pas de l'Egyptien ancien ?

-     Toute la question est là, dit Jean-Roger, je ne connais pas ces idéogrammes... à première vue,  mais je vais les recopier et les montrer à un pote à moi plus calé dans les signes et cryptogrammes anciens... Mais tu sais après tout c'est peut-être une oeuvre purement artistique... laisse-moi quand même tes photos. Je te dirais quoi dans quelques jours.

-     OK, pas de problèmes, tant que tu auras les bonnes réponses je n'hésiterai jamais à te poser les bonnes questions... à propos Julianne, qu'en penses-tu, toi de ce machin.  Pour moi? Il ne s'agit pas d'une oeuvre d'art, mais plutôt d'un objet utile. Du genre de celui que l'on porte sur soi comme un crayon, une clef, un couteau Suisse, ou peut-être un outil, un gratte-dos télescopique électrique, une pompe à comédons... Ce qui m'intrigue le plus moi c'est le réseau doré sur fond bleu métallique... ça ressemble à de minuscules capteurs solaires... C'est peut-être après tout une lampe de poche de luxe? En tous cas ça a un look très Hi Tech...

-     Quoi qu'il en soit nous te retenons pour la soirée me dit Jean-Roger, sinon Julianne va te faire la tête si tu ne goûtes pas son risotto  qu'elle m’a  amoureusement cuisiné ce soir, et comme justement j'ai un super petit vin Espagnol de Carinena à te faire goûter avec, tu ne vas pas être déçu. Et puis tu sais quand y'en a pour deux y'en a pour trois... 

 Devant l'air suppliant de mes deux amis je ne peux évidemment dire non. D'ailleurs personne ne m'attend à la maison, et puis on a des tas de souvenirs à se remémorer... Je réponds par un vigoureux OK qui signifie aussitôt le signal pour Julianne de se précipiter dans la salle à manger pour y dresser la table.

       Mes amis, quel repas de roi! Le mélange de riz gonflé à la poêle dans l’huile d’olive, la sauce tomate, les oignons, le  fromage, les  calmars avec ce petit goût qu’apporte ail, vin blanc et safran et ce vin fruité et généreux plein de soleil, il ne manquait plus que le chant des cigales... c’est d’ailleurs ce que nous avons fait un organisant un concours du meilleur cricricri... puis il a fallu que j’accepte de dormir chez eux car le vin m’avait un peu... cuit cuit cuit cuit. Je sourie encore en pensant à toutes les bonnes blagues de gamin (et gamines) que nous nous sommes racontés.

 

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Rencontre du 3° type ?

 

 

       Aujourd’hui c’est le grand jour, je vais enfin savoir Jean Roger m’a demandé de passer chez lui peut être qu’il a du nouveau, et puis je suis impatient de les revoir tous. Je suis un peu fatigué ce soir mais tant pis, je suis sur que dés que je sonnerai chez eux la fatigue disparaîtra. Quand même il y a du chemin pour aller chez eux, ils habitent prés de Desvres, et c’est quand même à un bon cinquante kilomètres. De plus il y a du brouillard et la nuit je n’aime pas trop l’association purée de poix et noir d’encre... Heureusement qu’il y a la ligne médiane blanche, sur la route car ça s’intensifie, si ça continue comme ça je vais devoir rouler la portière ouverte.  Je n’y vois vraiment pas grand chose. J’ai même dû arrêter mon lecteur de C.D. qui me passait la superbe musique du groupe américain YES pour améliorer ma concentration. Mais qu’est ce que c’est que ce bruit. Ce n’est pas la voiture, ça vient de dehors, c’est comme un bourdonnement continu et c’est juste au-dessus de moi. Ce n’est tout de même pas un avion qui va se poser sur la route dans le brouillard, d’ailleurs un avion ne produit pas ce son là... J’ai arrêté le moteur, je suis descendu de voiture et le nez vers le ciel j’essaye d’apercevoir  la cause de ce son qui parait maintenant très proche. Comme par enchantement je me retrouve dans le noir absolu car les phares de la voiture viennent juste de s’éteindre tout seul. Je ne peux m’empêcher de penser à ce film sur les ovnis que j’ai vu à la télé la semaine dernière. Et dire que c’est à moi que ça arrive. J’ai le cœur qui bat à tout casser. Vite il faut que je prenne mon appareil photo. Il est juste derrière mon siège. J’aperçois une lumière pâle de forme ronde juste au-dessus de moi. Le ronronnement fait penser au son d’un arc électrique. Je crois que je vais faire la photo du siècle. Ca descend bien vers moi, ça ronronne doucement comme... comme...

 

Oulala, mes amis, j’ai attrapé une de ces décharge électrique... ouf ! Je rassemble le peu d’esprit qu’il me reste (pour le moment), car je suis tout...chose... En prenant à tâtons l’appareil j’ai dû toucher une surface métallique, j’ai dû tomber dans les pommes, j’ai mal aux cheveux, j’ai des démangeaisons partout, mais au fait et cet ovni, il est où ? et puis mes amis encore plus surprenant je suis assis dans ma voiture au volant, alors que je devrais plutôt être par terre, à genoux ou complètement étalé mais sûrement pas assis tranquillement dans ma voiture... et le brouillard  a disparu et...  mes phares sont allumés... est-ce que j’ai rêvé ? C’est vraiment le truc le plus incroyable qui me soit arrivé... apparemment,  je suis encore vivant. Je mets le contact la voiture démarre. J’ouvre la portière je ressors mais je ne vois que la nuit,  je rentre de nouveau et m’apprête à fermer la porte et j’entends provenant du fossé une sorte de gémissement. Je ressors de nouveau avec ma lampe de poche allumée et marche en direction du bruit. Quelle surprise c’est un petit chien, très petit, genre caniche, tout gris, tout effrayé, complètement emprisonné dans un fourré de ronces. Il ne peut ni avancer ni reculer sans se piquer.

-     Ne t’inquiètes pas je vais te délivrer mon petit ami mais à condition que tu ne me mordes pas.

 Je lui caresse doucement la tête. Il a l’air rassuré par le ton de ma voix. Il arrête de s’agiter, mais je n’arrive pas à le dégager à la main. Il faut que je prenne mon couteau pour le délivrer. Il me lèche la main et je vois son regard de bon chien qui parait me dire merci. Il se secoue, il se lèche, j’enlève une dernière épine qu’il a de planté sur le dos,  je le caresse et lui dit.

-     Maintenant tu vas pouvoir retourner à ta maison. On n’a pas idée de se promener en plein brouillard, tu risques de te perdre...

Sur ce, je tourne les talons et m’asseye au volant et à ma grande surprise, il me saute sur les genoux par la portière encore ouverte et s’assoit sur le siège voisin avec une expression qui semble dire.

-     Qu’est ce que tu attends pour démarrer ?

Après un moment de réflexions, je décide de le garder avec moi. Je  verrai demain si je peux lui retrouver son maître.

La voiture nous a amenés intacts le chien et moi jusqu’à la maison de Jean-Roger. Toutes les lumières sont allumées. Même la lucarne du grenier laisse deviner un éclairage. La porte s’ouvre juste au moment ou j’allais sonner.

 

-     Te voilà enfin, nous commencions à nous inquiéter. J’allais appeler la police, la gendarmerie...

Puis voyant mon visage, il finit

 -    euh... l’armée...         Ne me dit pas que tu as eu un accident ?

 la frimousse  de Julianne apparaît derrière l’imposante carrure. J’ai probablement une drôle de tête, car ils m’observent avec des yeux qui contiendraient toute l’inquiétude du monde. Je sors le bouquet de fleurs que je cachais derrière mon dos et le tends à la maîtresse de maison en disant :

-     S’cusez  moi  m’sieurs dames j’ai été retardé par le brouillard...

-     Ah bon ? Il y a du brouillard ? Mais entre, tu vas nous raconter tout ça à l’intérieur, il y fait plus chaud.

Dans le salon un monsieur à barbe grise se lève du fauteuil en me tendant sa main en souriant, il bute sur le bord du tapis, et se rattrape de justesse à mes deux bras tendus. Il rajuste ses lunettes, souffle du coin de la bouche sur la mèche grise qui lui pend du front, et déclare:

-     Vous êtes le monsieur Théo dont j’ai tant entendu parler ces derniers temps? Enchanté de vous rencontrer Jeannot ma raconté vos aventures...

 Je bredouille un:

-     bonjour monsieur.

Tout en me rapprochant discrètement de la cheminée où crépite doucement un feu de bois. Julianne me prend mon manteau et me dit.

-     Vas t’asseoir prés du feu, je te verse un martini.

-     Je te présente Ramon de la Casa Piedra mon vieux prof  qui va te faire un discours sur les civilisations disparues ou d’origine inconnue.

-     Dis donc Jeannot pas si vieux que ça quand même j’ai encore des services à rendre à la société...

-     Dis Théo comment as-tu pu réussir à attraper un coup de soleil de ce temps là ? Je me lève et aperçois dans la glace, l’image  mon visage rouge cramoisi... Ou bien c’est la honte d’être en retard?

Je porte mon poignet à mes yeux et effectivement, ma montre m’indique que  j’ai quand même deux heures de retard par rapport à l’heure prévue... il ne me reste plus qu’à leur raconter mon aventure.

       Là, je les ai cloués sur place. J’ai été assailli de questions et quand j’ai parlé du chien Julianne ma demandé d’aller le chercher. Sa majesté le caniche, trônait au milieu du siège et sa queue balançait plus vite qu’un métronome hystérique. Tout le monde l’a caressé, tapoté, ils ont tous au moins dix fois chacun dit.

-     qu’il est mignon,  qu’il est craquant.

Je n’avais pas osé m’imposer avec un chien inconnu chez -eux, le laissant un moment seul dans la voiture, mais de toute façon c’est lui qui avait la vedette de la soirée.

       Julianne, déjà avant, se passionnait pour le phénomène ovnis mais là je crois qu’elle aurait drôlement aimé être à ma place... pourtant je n’ai pas vu grand chose. Il ne me reste que le cuisant souvenir des coups de soleil et ces démangeaisons sur les bras et la poitrine... Le plus bizarre dans tout ça, c’est que je suis resté prés de deux heures dans les vapes, sur le bord de la route, sans qu’il y ait une voiture qui passe, s’arrête (ou... me roule dessus même). Mon dernier souvenir c’est...  je me vois encore sorti de la voiture. Je me le rappelle bien, j’allais prendre mon appareil photo  rangé derrière mon siège conducteur. Il y avait ce ronronnement continu et puis aussi ce stylo bille tombé hier sur le plancher, qui sautait vers le plafond et ma paire de lunettes de soleil qui s’envolait doucement de la boite à gants ouverte (sans doute de l’électricité statique). C’est à ce moment que j’ai pris cette décharge  électrique... mais cela ne m’explique pas  qui m’a réinstallé derrière mon volant, c’est tout de  même pas les extraterrestres qui...---...

       J’ouvre les paupières et suis immédiatement assailli, par quatre paires d’yeux inquiets qui me scrutent avec intérêt dans un bourdonnement confus  de voix qui résonnent comme au fond d’un tunnel.

-     Ca y est il en revient dit Jean Roger. Mon pote, il ne faut pas nous faire des peurs pareilles... je te présente le docteur Duchemin notre médecin de famille que nous avons appelé d’urgence pour te réveiller p’tite tête de phénomène... la prochaine fois que tu sors la nuit... mets donc un peu de crème solaire avant de partir, ça limitera les dégâts. Puis, avec un coup d’œil vers le médecin, il ajoute: euh... et puis, n’utilise plus cette lampe solaire, vieux beau. Le docteur Duchemin te le déconseille très vivement.

       Le docteur est reparti. Julianne m’explique que Jean Roger avait raconté que  j’aurais parait-il utilisé une lampe à bronzer. Le bon docteur a eu l’air d’y croire. Il m’a trouvé des brûlures et des rougeurs un peu partout et pour lui le malaise, c’est une petite insolation.

 

-    Ramon a trouvé des similitudes dans les idéogrammes de ton bidule, mais approches Ramon, expliques donc tout ça au ‘bronzé’ amateur.

-     voilà dit Ramon j’ai bien observé les photos... on peu penser que ces signes là sont d’origines Basques car ils ressemblent à des motifs trouvés sur des pierres en pleine montagne. Ceux là font penser à des runes. Ceux là ressemblent plutôt à des signes Incas mais avec des tracés plus nets, et précis...

-     Mais ça fait une sacrée distance entre ces différentes cultures dis-je, et au fait c’est traduisible?

-     Hélas non! car pour couronner le tout, ces signes sont mélangés dans la même organisation de texte... pour moi c’est un mystère complet... ou alors il s’agit d’un travail d’artiste qui  a dû puiser la décoration de l’objet dans les signes de ces différentes cultures... mais vous savez ce n’est pas très connu comme style d’écriture, même pour un artiste qui voudrait s’inspirer d’une écriture bizarre... vous n’avez pas pu savoir d'où venait l’objet, avoir une datation, il parait neuf mais par contre l’écriture qui l’orne est vraiment très ancienne.

-     Bon ! Coupe Jean Roger nous allons tous passer à table. J’espère que vous aimez le bœuf bourguignon bien mijoté parce que celui ci  a cuit  deux heures de plus que prévu...

Ramon nous a raconté des histoires sur Jean Roger que ni Julianne ni moi ne connaissions. Faire la classe à ‘Jeannot ‘ comme il l’appelle, n’a pas toujours dû être aussi  drôle qu’il y parait aujourd’hui. En tous cas nous avons bien ri. Le chien a été attribué d’un nom provisoire. Il s’appellera  ‘le chien’ et le plus drôle, c’est qu’il a l’air de déjà connaître son nom, quand nous l’appelons, il accourt pour obtenir un échantillon de bœuf ou de carottes. Il a mangé comme un ogre avec tout ce que l’on a pu lui donner pendant le repas comme je l’ai dit à Julianne on le surnommera bientôt ‘ le chien... obèse’ finalement il s’est allongé sur le fauteuil prés du feu, s’est léché des pattes à la tête... il m’a regardé fixement, et comme une étincelle dans ses yeux semblait me dire : merci, je suis bien... Je lui ai souri et il s’est endormi. Nous avons longuement reparlé de la ‘soucoupe volante’ objet dont je n’ai ni vu la forme de soucoupe, ni pu apprécier sa faculté de voler. Notre Ramon va garder les photos et va les montrer à plusieurs de ses collègues et s'il a des informations supplémentaires cela nous fournira un alibi pour déguster un nouveau plat extraordinaire fabrication JuJu.

 

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Les Fées

 

-     A lors chien des rues! Qui donc est ton maître j’ai téléphoné pendant toute la matinée pour trouver ton adresse et personne n’a l’air de te connaître et tu  n’aurais pas de propriétaire dans le secteur ou je t’ai trouvé. Tu n’as même pas de collier, ni de tatouage... et puis tu pourrais éviter de me tourner le dos et de soupirer comme ça quand je te parle... allez, viens sur mes genoux me faire un petit câlin.

Il se retourne immédiatement et me saute dans les bras... pour être affectueux il est affectueux ce petit garnement.

       Cela fait maintenant plusieurs semaines que ‘le chien’ met de l’ambiance dans la maison... il a dû s’échapper d’un cirque parce qu’il a des attitudes que n’ont pas ses congénères. L’autre jour je rentrais silencieusement dans le salon, il avait les deux pattes posées sur ma table basse dont une qu’il utilisait pour tourner la page d’un magazine sur les camping-cars qui était posé là. Il regardait tellement bien la page que j’ai regretté de ne pas avoir un appareil photo sous la main pour fixer l’instant.         Une autre fois encore, dans le salon, il était assis sur son derrière,  devant la télévision allumée. Il semblait  regarder une émission documentaire sur les animaux, la télécommande était juste à côté de sa patte, comme si c’était lui qui avait choisi l’émission. Quant à la télé, j’en suis encore à me demander si c’est lui qui l’a réellement allumée, ou si j’avais oublié de l’éteindre avant de partir... si cela continue, il va finir par me parler...

       Je n’ai pas eu non plus de nouvelles de Ramon, pas plus que n’en ont eu Jean-Roger et Julianne. Ils m’ont demandé des nouvelles de ‘le chien’ et nous ont invités de nouveau la semaine prochaine. Juju va nous faire un repas asiatique et ils pensent faire revenir Ramon s’il est disponible, car les retraités sont des gens très occupés. Il faut absolument que je trouve un cadeau original à leur apporter, pour les remercier de leur gentillesse. Mes démangeaisons et rougeurs ont disparu. Je pense que j’ai du être victime d’une petite intoxication alimentaire qui a causé un peu d’urticaire.

       Je suis retourné sur les lieux de mon aventure, mais je n’ai pas réussi à en situer l’endroit exact. Avec le brouillard qu’il y avait... et puis j’avais aussi l’idée que si ‘le chien’ retrouvait sa piste il pourrait peut-être rentrer à sa maison car son absence doit certainement manquer à quelqu’un cet animal est tellement extraordinaire. Cependant quelque part au fond de moi, une voix me dit (et c’est la mienne), pourvu que tu ne retrouves pas son propriétaire. Sinon tu risques de pleurer toutes les larmes de ton corps si jamais tu perds ce magnifique compagnon.

Cela fait plus d’une heure que nous marchons. J’ai pris comme point de départ l’endroit présumé ou j’ai eu mon apparition et libéré mon petit copain à quatre pattes. Nous avons arpenté chaque bord de route sur plusieurs kilomètres à pieds, sans que mon renifleur trouve une piste qui  semble lui rappeler la route vers sa maison. Il s’est bien mis à courir à un moment, mais ce n’était que pour importuner un papillon. Il est d’ailleurs revenu aussi vite à mes cotés en me regardant avec l’air de me dire:

-     Tu as vu cela? Je suis le chien le plus rapide au 100 mètres départ arrêté...

       Puis nous avons rencontré un agriculteur sur un sentier qui nous éloignait un peu de la route où j’étais garé.  Je lui ai demandé s'il avait déjà vu ce chien. Il m’a répondu que non, et qu’il ne semblait pas être plus redoutable comme chien de garde que comme chien de chasse. Il me dit me montrant l’appareil photo qui pendait au bout de sa sangle à ma main droite.

-     Vous ! Vous êtes venu faire des photos du pont de bois !

 lui répondant

-     Non,  je ne connais pas.

il me montre le chemin du bout de sa canne de bois :

-     Pouvez pas vous tromper. Toujours tout droit  jusqu’au petit bois, là bas au fond entre les deux collines. Vous prenez le premier sentier à droite à travers les arbres. Il y a une clairière avec le vieux chêne centenaire... il est si grand qu’il est mentionné sur les cartes d’état major, si vous l’voyez pas c’est que vous vous êtes cogné dessus. Cent mètres plus loin y’a l’ pont, pouvez pas l’rater.

       Le chien renifle le moindre brin d’herbe et pisse une goutte dessus pour marquer son territoire. Je sourie en me demandant comment fait-il pour pouvoir encore uriner depuis que l’on marche...Nous nous enfonçons dans le petit bois (qui s’avère devenir un de plus en plus grand bois à fait que l’on progresse). La lumière s’éteint peu à peu au travers de l’épais feuillage. Heureusement il fait encore assez clair pour voir où l’on marche. Et de toute façon les rares endroits où le soleil arrive à se frayer un chemin, les ronces, orties, ou simples fougères envahissent tout à coup le sentier au point de le faire disparaître. Dans ce cas je porte mon ami à bras, afin qu’il ne se pique pas ses délicates petites pattes. Et il en joue, le gaillard, en faisant le beau devant les buissons épineux. Il se dégage une odeur moite de terre, de champignons, de menthe, et d’ail, qui procure un sentiment de mystère. Une photo magnifique se présente, les rais de soleil qui filtrent dans l’humidité du sous-bois et éclairent un parterre de boutons d’or et de verdure, je ne regrette pas d’être venu... Voilà le chêne au milieu d’une clairière. Il est bien éclairé, comme sous les feux de projecteurs, son tronc est bien dégagé comme si on venait enlever les mauvaises herbes autour de l’arbre, qui parait trôner au milieu d’une pelouse d’herbes courtes et fines. Le tronc possède un diamètre étonnant. Il faudrait au moins quatre ou cinq personnes pour l’entourer avec les bras tendus. Et puis il se dégage de cet endroit quelque chose de féerique et magique. Je mitraille de plusieurs photos et cadrages différents, tout en m’imaginant par des nuits sans lunes, des elfes et des fées dansant tout autour, comme dans les contes de mon enfance.

       Le chien s’est dirigé vers l’arbre pour y apposer son habituelle et humide signature mais à quelques mètres de l’arbre, il s’est arrêté net avec un petit gémissement et a fait demi tour la queue entre les pattes.

       Comme promis par notre interlocuteur voilà maintenant le pont de bois. Le forestier ou le paysan qui l’a construit, est un artiste. Il a une forme bondissante et harmonieuse au-dessus du ruisseau. Il est construit entièrement de rondins de bois, comme un mini pont de la rivière kwaï, en bien plus petit. Le fond pierreux fait chanter l’eau et l’ambiance générale est apaisante.

       Je cadre mes photos de chaque cotés du pont, au-dessus, et même au travers du dessous. J’ai ainsi une vue du chêne encadré par l’arrondi. Une toile d’araignée avec sa propriétaire au milieu me sert de premier plan pour une superbe image.

Je décide de nous accorder une pause et de m’asseoir sur le bord de l’eau, adossé à une grosse pierre pour y méditer. Le chien se couche à coté de moi sur un tapis de mousse et pousse un gros soupir. Je fais le point des événements qui nous sont arrivés. L’air est doux, il sent bon. Je rêve au modèle de camping car que j’aimerais me faire financer, si mon banquier le veut bien. Je pense  à ‘le chien’, comme j’aimerais l’adopter définitivement. Et puis il y a Julianne et Jeannot, et puis et puis... et puis je médite tellement bien, que je sombre dans le sommeil.

       Ouf ! Je m’étire de tout mon mètre quatre vingt. Je me suis endormi sans m’en rendre compte. J’ai superbement bien dormi, mais il faut penser à rentrer à la maison... le chien s’est comme moi dressé sur ses pattes en s’étirant et nous voilà repartis. Nous repassons devant le grand arbre et poussé par je ne sais quelle idée je m’approche du tronc. Comme je le pensais il y a des traces de sa vie dans le temps. Des signes mystérieux sont gravés au couteau. Je lève la tête et scrutant les branches, et  j’y découvre des touffes de gui. Dommage qu’il n’existe  plus de druides à notre époque. Et  je pensais d’ailleurs qu’il n’existait plus de chênes à gui en France. Il faudra que j’en parle à Jean-Roger.

       J’admire sur le magazine les yeux dans le rêve les derniers camping-cars sortis au salon du Bourget. Il y en a un qui me plaît bien, avec un lit ‘à demeure’ pour les coups de fatigues sur la route, et avec sous le couchage la place pour ranger tout mon attirail, de peinture de photo, ma guitare, et surtout  mon ordinateur, car il faut aussi que je pense à travailler un peu... Il y a assez de place pour une moto. Il faudra aussi que je pense à une liaison satellite pour me connecter sur Internet si cela ne coûte pas trop cher... J’ai rendez-vous demain avec mon banquier. J’espère qu’il va accepter le financement... je lève les yeux et suis assez surpris... j’aurais juré que le chien me regardait en souriant... mais ce n’est pas possible, les chiens ne sourient pas, au contraire quand ils montrent leur dents c’est plus souvent pour dissuader ou mordre. Du coup il m’a tourné le dos et est partis s’allonger sur son lit improvisé d’une couverture moelleuse.

 

 

 

 

 

      Je suis devant une immense porte qui flotte dans un ciel noir piqué d’étoiles. J’ai très fortement le sentiment que si je la pousse, j’y découvrirais un trésor inestimable. Sous mes pieds c’est toujours le ciel, les étoiles qui scintillent comme par une belle nuit d’été. J’ai le coeur qui bat très fort. Je pousse un battant, et les deux s’écartent symétriquement. De l’autre coté, pas d’étoiles c’est le noir le plus complet, ou le gris foncé, ou le bleu, ou le vert, le fond est comme en mouvement de couleurs sombres. Mais pas la moindre étoile n’y brille. J’entends comme un grésillement électrique, et je regarde mes mains, elles luisent doucement, sans agressivité d’une lueur intérieure agréable, mes pieds aussi d’ailleurs, je m’examine,  je suis devenu comme phosphorescent mais pas vert, plutôt de couleurs chaudes, jaune, orangée. Il y a un bruit comme de la soie que l’on déchire et cette lumière se détache de moi, retenue par des milliers de filaments qui rétrécissent, puis se cassent. Je ressens au fond de moi une très grande émotion, une sorte de joie, de jubilation. Il y a maintenant devant moi une boule de lumière douce qui suit le contour de mon corps, comme si elle était en train de l’examiner de haut en bas. Elle s’éloigne, puis revient, tourne autours de moi une dernière fois avant de s’éloigner à une vitesse fulgurante. J’ai le coeur qui bat à tout rompre, je le sens battre partout, mes tempes, mes pieds mes mains, jusqu’au bout de mes doigts. La boule de lumière  revient. Mais elle n’est pas seule, d’autres approchent de toutes les directions, en même temps il monte comme un murmure fait de soupirs, de rires, de chants, comme si j’étais en plein milieu d’une cour de récréation aux moments d’affluence. Toutes en un immense tourbillon  se rejoignent, se collent les unes aux autres, et se muent peu à peu en une seule immense sphère multicolore, palpitante et sonore, qui resplendit tel un soleil de couleurs et de sons. Peu à peu le bruit se dilue dans le silence, en même temps que la boule diminue, jusqu’à devenir grosse comme une orange. Une voix dans ma tête prononce les mots: « Je suis!  Je connais! J’aime !». Je fais un grand bond, et me réveilles, le radio réveil vient de se mettre en route. Il est déjà l’heure de se lever. C’est le rêve le plus étrange que j’ai fait de ma vie. Et il me reste comme un sentiment bizarre, celui d’avoir déjà rêvé cela (sans doute dans une période de conscience moins élevée). J’ai le sentiment que ce rêve contient un message important. Il m’obsède au point que j’ai failli marcher sur le chien qui m’attendait sagement au bas du lit  pour me dire bonjour comme il a l’habitude de le faire tous les matins.

Tout en me lavant et en déjeunant, j’ai pensé à la symbolique de ce songe.

Cela ressemblait à la découverte d’un secret de l’univers, à la vie et la mort qui se rejoignent, on aurait dit une expérience comme celle décrite par les gens qui sont dans état proche de la mort que les Américains appellent N.D.E. mais avec une symbolique différente bien qu’il y avait la musique, la lumière, la sensation de bien être, cependant je ne suis pas mort. La preuve je me suis coupé en me rasant.

 

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Je m’habille sur mon 31 il faut que je fasse bonne impression au banquier si je veux obtenir ce prêt qui m’obsède. Mais j’ai peu d’espoir en fait mes revenus sont très irréguliers, et j’ai commis quelques découverts, mais qui ne tente rien n’a rien.

Je suis pile à l’heure, j’ai laissé le chien dans la voiture, je lui ai entrouvert la fenêtre pour qu’il n’ait pas trop chauds. Je ne pouvais pas dignement l’emmener avec moi. Face à moi le directeur d’agence. Bien qu'assez jeune, il a le front copieusement dégarni. Costume strict, la seule fantaisie est la cravate qui apparaît malgré lui de  l’ouverture de son gilet avec dessus le personnage de Donald le canard. Je sourie intérieurement en me disant que Picsou aurait été plus approprié, car celui-ci me fait un état de mon compte qui me donne une irrésistible envie de me sauver. Tout à coup la porte d’entrée derrière moi s’entrouvre en grinçant. Mon interlocuteur lève les yeux d’un air agacé en disant « je vous ai déjà dit de ne pas me déranger » quand son visage se transforme d’une seule pièce en un sourire radieux et dit

-     Mais entrez donc! 

Je me retourne et très surpris voici le chien qui entre en se dandinant fier comme sous les ovations du public...-      C’est mon chien ! Excusez-moi ! Je suis confus ! Il a du s’échapper de la voiture... au pied le chien!

 Je le caresse et entends le banquier dire :

  -   Ne le grondez pas!  Voilà un brave toutou doux et affectueux! Tu t’ennuyais loin de ton maître?

 Je reste sidéré devant le changement d’attitude d’oncle Donald. Tout en caressant le chien il finit par me dire: 

-     En ce qui concerne le prêt, je vous l’accorde, venez donc signer le document demain matin.

Je suis abasourdi le chien à vraiment un charme fou auprès de ce ministre du fric! Comment en plus a-t-il réussi à sortir de la voiture? La fenêtre était à peine ouverte. Je suis au comble de la joie et m’empresse de téléphoner au concessionnaire pour prendre rendez-vous, celui-ci me dit qu’il sera libre dans une heure, et c’est juste le temps qu’il me faut pour aller jusque chez lui. C’est vraiment la joie au coeur que j’entre dans le véhicule, caresse avec affection et reconnaissance, le pelage du meilleur ami de l’homme. Je démarre et prends la route sans tarder en chantonnant, et jetant des oeillades à mon petit compagnon, et le taquinant du bout du doigt.

 

Jean Roger m’a téléphoné ce matin, et j’ai enfin pu lui annoncer la bonne nouvelle, concernant mon véhicule de bourlingueur.

-     Bientôt le monde sera à moi mon cher Jeannot. Il n’y aura plus de limite dans mes voyages. Je suis tellement heureux que si tu étais là je t’embrasserais.

-     Surtout garde tes lèvres baveuses pour plus tard... moi aussi je pense avoir du nouveau en ce qui concerne ton bidule. Es-tu disponible samedi soir?

Je réponds par l’affirmative.

-     Ne mange pas avant de venir, sinon tu éclaterais avec ce que Juju va nous cuisiner. Ramon m’a l’air très excité, mais il n’a voulu rien dire au téléphone. Juju te fait une méga bise sur le front. N’oublie pas, 20 heures...

Je n’ai pas eu le temps de dire autre chose, qu’il avait déjà raccroché. Je retourne à mon travail. il faut que j’écrive une routine pour transcrire une valeur chiffrée en écriture lettre (pour remplir les chèques d’une entreprise) et il y a des tas de petits problèmes pour accorder les pluriels des mots... ce n’est pas insurmontable, mais cela me promet des pages d’écriture. J’avais déjà écrit cela pour un programme en Anglais, c’était drôlement plus facile. Il n’y a pas toutes ces exceptions que l’on trouve en Français comme vingt et un qui est simplement twenty one et non pas  twenty and one. Et puis soixante-dix ou quatre- vingt-quatorze qui donne plus simplement  seventy ou ninety four.

Je ne sais pas si c’est parce que j’ai depuis quelque temps, décidé de porter mon ‘crayon bizarre’ accroché à une chaîne autour de mon cou, en guise de pendentif, ou si c’est l’excitation d’avoir bientôt le véhicule tant espéré, mais qu’est-ce que je peux faire comme rêves étranges en ce moment. Cette nuit je me suis retrouvé transporté dans ce que j’appelle maintenant ‘la forêt magique’, c’est à dire le lieu ou vit le vieux chêne et le joli pont de rondins. Il y avait des personnages qui défilaient autour de l’arbre en récitant une sorte de litanie monocorde, tandis qu’un vieillard barbu coupait des branches de gui et les projetais sur une couverture grise, posée à même le sol. La lueur de la lune brillait sur sa lame, et jetais des éclairs selon l’angle de la coupe. J’entendais un bruit d’ailes, identique à celui que produisent les libellules. En fait il provenait de très petits êtres qui volaient autour de l’arbre. Soudain le druide s’est arrêté, il a dit un mot que je n’ai pas compris, en pointant vers moi sa faucille. Le silence est tombé d’un seul coup, et... je me suis réveillé. Si cela continue j’aurai matière à écrire des romans fantastiques.

Comme à l’accoutumée, c’est Jean-Roger qui ouvre la porte. Il a déjà son grand sourire, laissant apparaître deux belles rangées de dents.

-     Alors Theo pas de petits bonshommes verts ce coup-ci? Puisque tu es à l’heure...

Je sens que l’épisode OVNI va me laisser des cicatrices au niveau de mon amour propre...

-     Non pas de monstre du Loch Ness non plus... Mais j’ai apporté de quoi voir double.

Je sors ma bouteille de vin de Bordeaux que je cachais derrière mon dos.

-     Soyez-en doublement remercié, mon prince.

Me répond-il, d’une voix chevrotante, en se courbant légèrement. Sur ce il me tapote dans le dos et me fait entrer. Quant à ‘le chien’ il s’est déjà glissé par la porte entrouverte, et a filé directement dans la cuisine, pour quémander son lot de caresses et de friandises à Julianne.

Comme lors de notre dernière rencontre, Ramon  s’est levé précipitamment pour me serrer la main. Mais se souvenant sans doute que la dernière fois il s’était pris le pied dans le tapis, me regardant avec un sourire fripon, il a soigneusement soulevé ses pieds en pivotant d’un quart de tour pour en éviter le bord. Ayant dépassé l’obstacle, il a repris son pas de course, sans s’apercevoir que sa bretelle de pantalon s’était glissée sous la poignée de porte. Résultat l’élastique s’est tendu jusqu’à ce que l’attache se défasse, et vienne lui claquer le bas du crâne avec un bruit sec. Sous le choc ses lunettes ont sauté de son nez, pour retomber de travers, accentuant l’effet comique de son  faciès surpris et hébété, déclenchant l’hilarité générale.

Sa main atterrit dans la mienne, je la lui serre vigoureusement.

-     Ramon ! Avez-vous une bonne assurance -vie... sinon, il est temps de souscrire.

-     Théo, c’est toujours un plaisir de vous rencontrer, mais je crois bien que vous me portez la poisse...

Sur la table basse du salon, il y avait des photos de hiéroglyphes. Il me les pointe du regard.

-     L’île de Pâques, vous connaissez ?

-     Les géants de pierre monolithiques?

-                    Non les écritures des Rongo-rongo, tels que ceux transcrits par un vieillard de l’île et que celui-ci a donné à Francis Maziére l’explorateur.

RongoRongo

 

Jean-Roger ajoute.

-     Oui, je me le rappelle, Il y a eu un livre... et un film documentaire...

des yeux regardent les étoiles...le livre c’était Mystérieuse Ile de Pâques.

Julianne renchérit.

-     C’est vrai, il avait épousé une ravissante vahiné, et il avait une théorie sur le déplacement des statues, par une technique laissée par des extra-terrestres.

-     Il a publié bien d’autres livres, mais celui sur les statues lui a fait beaucoup de tort, et l’a d’ailleurs rendu complètement incrédible, vis à vis de ses confrères malgré des études remarquables sur l’archipel du Tiki.

Termine Ramon

-     Mais le fait est que ton ‘crayon’ porte au moins 50% des signes répertoriés sur le fameux cahier, mon cher Théo. Dommage que Maziére soit décédé, il aurait été drôlement intéressé... Dommage également  que l’on ignore tout de l’endroit ou il a été trouvé... Et à quelle époque...

-     Au fait en quelle matière est-il fabriqué?

Demande Jean-Roger. Question à laquelle je réponds par :

-     Je n’en sais fichtre rien, sinon qu’il y a deux parties métalliques de différentes couleurs, et une autre qui parait taillée dans de la pierre polie.

-     Il faudrait le faire analyser et radiographier.

Ajoute Ramon.

Ces déclarations me laissent très perplexe. Je suis en possession d’un objet important. Il est peut-être la clé de l’énigme de l’Ile de Pâques. J’ai ouvert mon col de chemise, et sorti la chose et la regarde attentivement.

Elle dégage toujours une vibration positive, un sentiment de douceur, d’une sorte de joie...

-     Tiens Julianne. Ferme les yeux, serre-le dans ta main, dis-moi ce que tu ressens.

Je défais la chaîne qui me permet de le garder pendu à mon cou, et le fait passer. Julianne s’exécute, frissonne un coup, puis sourit et déclare un moment après.

-     Tu as complètement raison, c’est spécial et agréable. C’est sur qu’un stylo ne procurerait pas cette sensation.

Elle le confie à Jean-Roger, puis c’est le tour de Ramon, qui finalement me le rend.

-     C’est vrai vous avez tous raison, ce doit être un porte bonheur, ou une sorte de grigri médical.

J’ajoute en souriant.

-     Si quelqu’un était passé il y a quelques instants, il se serait dit que c’est une sorte d’objet de culte, ou de sorcier, tellement vous le serriez tous pieusement dans votre main.

Sur ce dernier mot, Julianne se lève de son fauteuil et déclare

-     Après l’aliment de l’esprit, l’aliment du corps... va tout le monde à table. Je n’ai pas autant travaillé pour que vous passiez tout votre temps à bavarder.

Nous quittons le salon pour la table sur laquelle deux ustensiles bizarres trônent. L’un est un samovar en cuivre, l’autre un... je ne sais pas...

Jean-Roger a mis en route la chaîne hi-fi qui nous distille délicatement de la musique instrumentale chinoise. Il s’approche du samovar et rajoute quelques morceaux de charbon de bois, ainsi que dans l’autre ‘machine’. Ni tenant plus je pose la question.

-     Dis-moi qu’est-ce donc que cette casserole bizarre, avec une cheminée au milieu?

-     ah ahhh, tu ne connais pas la fondue chinoise? Tu vas voir, tu vas te régaler...

Nous avons eu des Nems, croustillants, moelleux et avec une délicieuse odeur quand on croque dedans qui vous remplis les trous de nez. On mange avec les doigts en les enroulant dans une feuille de laitue craquante et juteuse, trempant le tout dans une sauce délicate. Puis il y avait une salade de Grosses crevettes, avec du soja, des carottes, du concombre et une mayonnaise sucrée salée et un peu piquante... un délice. En guise de boisson du thé au jasmin, que l’on se sert directement au robinet du samovar. Et enfin j’ai découvert la fondue. Chacun utilise une petite passoire, y dépose de la viande, du poisson, des crustacés ou des légumes et la place dans le bouillon de poulet. Quelques instants après on l’en sort on dépose sur le riz blanc dont chacun possède un plein bol. Il y aussi différentes sauces, piquantes ou non qui viennent agrémenter les goûts. Quand le bol de riz est vide ainsi que le plateau de viandes et légumes, on le remplit avec un peu du bouillon de cuisson que l’on boit à petites gorgées en soufflant dessus... Et en se brûlant un peu parfois les lèvres.

Quant à mon chien, il n’a pas eu de cuisine chinoise, mais n’a pas non plus détesté le riz-carotte-poulet, dont il s’en pourlèche encore les babines.

Je pensais connaître la cuisine de Julianne, mais décidément, je n’ai pas fini d’être agréablement étonné.

Nous avons terminé le repas avec un alcool asiatique appelé maoutail, qui a achevé de nous chauffer les oreilles. Jean-Roger, entre deux calembours, trinquait avec chacun de nous en tonnant ‘maoutail!’. Julianne et maître Jeannot (docteur s calembours) nous ont vivement recommandé de passer la nuit chez eux.

On dit que les vielles maisons ont une âme... Celle de Jean-Roger n’en finit pas de craquer la nuit. Mais l’alcool aidant je me suis très rapidement endormi. Ce coup-ci j’ai rêvé de l’île de pâques. Un géant de pierre m’a poursuivi une bonne partie de la nuit en me criant:

-     Rends-moi mon crayon! Rends-moi mon crayon!    ma-ou-tail!

Heureusement que mes rêves ne sont jamais prémonitoires. Quoique j’ai bien l’intention un jour d’aller visiter cette île... mais sans me faire poursuivre par des monstres en pierre qui n’ont même pas de pieds...

Ce matin, nous avons tous eu droit a un superbe petit déjeuner Anglais. Julianne nous l’a servi avec un chapeau de cow-boy sur la tête un foulard à carreaux autour du cou, en décrétant  que c’était un ‘cow-boy breakfast’ for the little froggys. Il ne lui manquait plus que les bottes et le cheval… Jus de fruit, oeufs au bacon, saucisses grillées, haricot sauce tomate, café, thé, et toast. Je suis renseigné sur la provenance des quelques kilos superflus de mon ami.

       J’ai invité tout le monde à venir voir la forêt magique, avec son pont de bois et son chêne centenaire. Il y faisait un soleil magnifique, et la magie que j’y ai ressentie lors de la première visite, était intact et a également touché le cœur de mes amis. Tous ont juré de revenir un jour. Ramon m’a demandé de photographier les signes sur le tronc. Julianne a eu une idée formidable: Elle a décidé que nous y reviendrons tous ensemble, en apportant chacun quelques graines de fleurs, pour que la flore y soit encore plus variée. Après tout l’acte n’est pas aussi gratuit qu’il y parait au premier abord, nous serons les premiers à en profiter quand nous y reviendrons la fois suivante. Jean-Roger quant à  lui, a décrété qu’il ne fallait parler de cet endroit à personne.

-     Ce serait trop triste qu’il devienne un lieu de pic nique avec papiers gras, boites de conserves vides et excréments. Ce lieu est vierge, il doit le rester.

Jean-Roger demande:

-     Où mène le sentier, qui passe le pont?

-     Je n’en sais rien, mais je compte bien aller plus loin une autre fois.

Au fond de moi je pense au camping-car, qui me permettra de passer plus de temps sur place et peut-être même venir y réaliser une peinture...

J’ai de nouveau fait le rêve de la porte. Il va falloir que j’en parle à un psychologue. Ce coup-ci il y avait des mots qui s’inscrivaient dans ma tête, Viracocha, Jésus, Bouddha, Quetzacoalt, Osiris apparemment prononcés dans mon esprit, par certaines boules, passant plus prés de moi. Il y a eu des mots que je ne saurais même pas répéter, prononcés dans des langues que je ne connais pas. J’ai eu aussi l’image d’un homme jeune, barbu, aux longs cheveux. Tout à fait l’image que la religion catholique nous donne de Jésus. Il était accroupi par terre, du sable rouge lui coulant au travers des doigts. Il a levé les yeux vers moi et m’a parlé dans un langage doux. Il s’est levé tout en parlant, et s’essuyant les doigts sur sa tunique de couleur écrue. Puis l’image s’est éteinte comme lorsque l’on passe de la lumière du soleil à une pièce ombragée. Puis j’ai été réveillé par le radio-réveil comme la dernière fois. Le chien debout sur le lit me regardait avec intérêt, avec l’air de s’inquiéter beaucoup pour mon état mental... J'ai sûrement dû parler tout haut.

Est-ce mon subconscient qui a besoin de religion? Je ne sais pas. Je ne suis pas très croyant, ni mystique. Je pense que l’homme a besoin d’une religion. D’un Dieu qui le dépasse, qui le protège, et lui fixe des limites morales, à son comportement animal. Un Dieu bon qui puisse montrer l’exemple de sa bonté. Mais j’ai du mal à trouver cette bonté dans la triste vie que l’on mène. Basée tout entière sur l’intérêt que chacun porte à sa petite personne, pour devenir plus beau, paraître plus intelligent, devenir plus riche, et pour finir plus puissant. Alors qu'il faudrait au contraire ne pas mépriser les gens laids, vieux, pauvres, si la nature ne les a pas dotés, ce n’est pas de leur faute... J’ai du mal à trouver Dieu dans toutes les injustices de la vie. Les enfants qui naissent difformes ou diminués intellectuellement, les guerres pour posséder des terres ou imposer des idées politiques ou religieuses. Où est Dieu dans tout cela. Et voilà que moi je passe mes nuits à rêver d’un homme que j’admire qui s’est annoncé comme fils de Dieu, et a été exécuté avec haine et barbarie alors qu’il ne faisait que parler d’amour et de justice.

 

J’ai enfin terminé et testé cette routine d’écriture de chèques, les trois erreurs de fonctionnement ont été corrigées. Et je viens juste d’appuyer sur le bouton send de mon ordinateur. Le programme a été transmis, et d’ici une semaine j’aurai mon cheque. Mais demain est à marquer d’une pierre blanche. C'est le jour où je prends livraison du camping-car. Mon excitation commence à devenir communicative, car le chien courre dans tous les sens autour de moi, et vient me demander des caresses.

 

Il est grand, spacieux, magnifique, et il a cette odeur caractéristique qu’ont les véhicules neufs. J’y ai installé mon ordinateur il est relié à la télé par un petit boîtier interface. Cela me fait gagner de la place. J’ai également installé une chaîne hi-fi que j’ai bricolé avec mon autoradio deux enceintes et un caisson de basse et le tout relié à la carte son de mon ordinateur. Quant à ‘le chien’ il a trouvé lui même sa place sur le siège passager, il aime beaucoup regarder la route et le paysage. En fait il a un comportement quasi humain cet animal.

Nous avons passé notre première nuit à bord du véhicule, sur un terrain que je connais prés du cran d’Escales ou j’allais chercher des fossiles quand j’étais jeune et sportif, un lieu ou l’on domine un paysage de mer, de falaises crayeuses et de verts pâturages. Par beau temps on y voit les côtes Anglaise blanches qui se découpent au-dessus de l’eau sombre. L’on y respire un air chargé en iode, et les oiseaux de mer viennent ricaner autour de nous. Après un copieux petit déjeuner, nous sommes descendus de la falaise jusqu’au bord de mer, là ou la mer verte vient battre sur les rochers couverts de goémons, sur un fond de ciel gris noir. Je ne me souvenais plus de la beauté de ce paysage qui avait autrefois bercé ma jeunesse et mes amours, ce goût de sel qui reste sur les lèvres, le sable mouillé tassé comme du ciment sous le pied, toutes les choses mystérieuses que ramène la marée sur la bande de galets blancs polis par les vagues, bouts de cordages, de filets, des bois polis aux formes étranges, des bouteilles, et malheureusement aussi des galettes de mazout...De temps à autre des marsouins viennent longer la côte, il arrive aussi que des phoques voyageurs viennent pour une halte, s’y échouer. Je me baisse pour ramasser une masse brun sombre, pesante dans la main. Sa surface polie, et craquelée fait penser que cette pierre a fondu. C’est de la pyrite il suffit de la casser pour y découvrir à l’intérieur une quantité de paillettes cristallisée de métal jaune brillant, faisant penser à de l’or. Mon grand-père me disait que cette pierre contient de l’or mais qu’il est trop difficile à extraire pour en faire fortune et que ces pierres étaient dues à la chute de météorites il y avait quelques millions d’années. C’est toute mon enfance qui resurgit, dans ma mémoire, avec des après-midi ensoleillées, des pêches aux crevettes, des ramassages de moules, des courses sur le sable mouillé jusqu’à la mer, les éclaboussures, les rires, les sandwich qui comme disait mon père vient de l’Anglais ‘sand’ (sable) et ‘witch’ (sorcière) ce qui explique pourquoi en bord de mer du nord, on trouve et mange toujours du sable dans les tartines de pain. C'est la sorcière des sables qui est responsable... Nous avons marché longuement le chien et moi sur la grève. Nous avons faim tous les deux, aussi ai-je décidé que nous irions manger  ce midi dans un petit resto nommé ‘la sirène’ ou l’on déguste de somptueuses langoustes.

J’ai fait des photos toute la journée de tout ce beau paysage. Mais avant de partir je décide d’en prendre une toute dernière. J’ai placé l’appareil sur un pied et j’ai réglé le déclenchement automatique pour nous photographier tous les 3, le chien, le camping cars, et moi histoire de garder un souvenir de cette première sortie. Tout le monde est prêt, face à l’objectif, le sourire aux lèvres (en ce qui me concerne) quant au chien il pousse un petit cri en sautant de côté juste au moment ou l’appareil déclenche. Le chien, la queue entre les pattes me regarde avec un air terrorisé. Je le rassure d’une caresse, il se calme, me lèche la main, et se précipite dans le camping-car en poussant la porte entrouverte avec son museau. Je pense : quelle mouche  a bien pu le piquer? Puis à la réflexion, je me dis qu’effectivement c’est probablement une mouche qui justement vient de le piquer... Je décide de raconter chacune de nos sorties avec les moments les plus marquants, les plus poétiques les plus drôles. Je mets en route l’ordinateur, j'ouvre un fichier, et le dénomme ‘AVENTURE’ . Je résume toute cette journée, pendant que je suis encore sous le coup des émotions. Dans ce fichier je placerai des ‘scans’ des photos prises, et ainsi quand nous serons très vieux le chien et moi nous pourrons revivre un peu ces bons moments. Dehors il commence à pleuvoir violemment. La lumière baisse rapidement, je crois qu’il est temps de rentrer. Malgré le confort du couchage du camping-car, nous sommes quand même bien content de retrouver notre lit fixe. Je m’endors couché en chien de fusil et le chien (qui n’est pas du tout de fusil) se place dans le creux ainsi pratiqué et s’endort.

 

J’étais impatient de reprendre le tirage des nombreuses photos  faites à ce premier voyage et je les développe de la pochette fébrilement. Malgré les progrès qui ont été faits sur les nouveaux appareils photo, j’ai toujours une crainte de l’image ratée, mal cadrée, prises trop hâtivement, surexposée ou sous exposées. Mais comme d’habitude, je ne suis pas déçu, elles reflètent très bien les émotions captées. Ce ciel bleu-gris-foncé qui contraste avec l’écume des vagues et le vert franc des algues sur les rochers noirs... Le chien qui joue à effrayer les mouettes en leur sautant après au bord des vagues... La falaise blanche et son couvre-chef de verdure, et... Je m’arrête stupéfait sur l’image prise avec le camping-car et le chien. Je suis figé devant l’objectif (avec un air un peu idiot, il faut bien le dire) et le chien pris en instantané en train de sauter en se contorsionnant, avec juste au-dessus de sa tête comme un arc électrique. Où plutôt un truc brillant en forme de tornade en mouvement, pas plus grand que 50 centimètres de haut. Une forme biconique un peu comme la forme des enseignes de débitant de tabac. Le tout de couleur blanc bleutée avec quelques petites sphères lumineuses de couleurs variant de l’orange au jaune pale, des petites étincelles qui les relient avec l’éclair central. Je pense d’abord qu’il s’agit d’une image parasite, due à une superposition de deux photos. Mais en regardant attentivement, on aperçoit le reflet de ces formes lumineuses, sur le brillant de la peinture du véhicule et même sur certaines vitres. Et moi juste à coté de ce phénomène, je n’ai rien remarqué, si ce n’est que je me souviens du jappement de mon pauvre ami. Quel événement bizarre encore une fois de plus... que m’arrive-t-il donc en ce moment? Je profite d’être chez le photographe puis le demander un autre tirage de cette image en grand format.

       Comme prévu j’ai revu mon texte d’aventure, et y ai rajouté les photos scannées de la journée passée en bord de mer, j’ai revu un peu le texte, j’ai rajouté la date, ainsi qu’un long rajout décrivant les problèmes de mon ami à quatre pattes.

       Rétrospectivement j’ai rajouté également les rêves bizarres que j’ai vécu ces derniers temps, ainsi que des commentaires évaluant ce que j’ai ressenti à chaque fois

       Ce matin, mon boss m’a téléphoné pour m’expliquer longuement que son client est très satisfait du dernier programme écrit, et m’a parlé d’un autre travail que j’aurai à réaliser dés que je recevrai dans ma boite a e-mail l’organigramme qui serait d’après lui très volumineux. J’ai immédiatement négocié une avance, car qui dit programme long, dit travail long, et si je suis payé à la livraison comme d’habitude, cela dit également problèmes sur mon compte en banque. Je suis quand même impatient de me remettre au travail, et je me branche tout de suite sur Internet, pour vérifier si j’ai quelque chose dans mes e-mails. Le journal est sur le lit, à coté de mon bureau, et machinalement je jette un coup d’œil sur les titres. Tiens des crop-circles sont apparus dans des champs de la région, le paysan porte plainte parce que son champ a été d’abord couché par les artistes nocturnes, puis piétinés par les journalistes avides de photos, puis par tous les curieux alentours qui sont venu piétiner ce qui restait encore debout. Il y a la photo prise du ciel de ce dessin géométrique, absolument génial tellement, il est parfait, et celle du paysan le fusil à la main devant son champ en train de dissuader les divers ‘spécialistes’ désireux d’analyser le sol, et d’en faire des prélèvements. Il me semble reconnaître le paysage, et lit plus attentivement le reportage. C’est bien ce qui me semblait, cela s’est passé non loin de l’endroit ou j’ai eu droit à mon électrocution nocturne… et si cela avait un lien ? Je ne peu m’empêcher de sourire, mais après une lecture attentive la date qui est citée dans l’article correspond bien, à la nuit ou j’ai failli voir les petits hommes verts, et trouvé ‘le chien’. J’avais l’intention d’aller y faire un tour cet après-midi, mais je crois que je ferais mieux d’attendre quelques jours avant d’y retourner. Pas d’e-mails intéressant pour ce coup-ci. Je décide de faire une recherche sur les crop-circles pour voir ce que l’on en dit sur internet. La documentation y est impressionnante, je ne pensais pas qu’il puisse avoir eu autant de cas dans le monde, cela chiffre par milliers. Je revois encore les deux retraités anglais, qui avaient démonté le canular il y a quelques années, et donc informé le monde que tout cela n’était qu’une gigantesque plaisanterie, en montrant comment l’on peu dessiner des motifs simples en couchant, le blé avec un manche de balais et une corde. Mais à la vue des motifs hyper compliqués que je découvre sur le net, cela n’a rien à voir, avec les capacités intellectuelles de ces deux farceurs, le mystère reste donc complet.

 

 

Quant au dessin de ce coup-ci, il est bien visible sur la photo du  journal, il rappelle ces dessins celtes, pleins de fioritures, comme ceux tatoués, mais ce motif me rappelle quelque chose, une sensation de déjà vu, je sors mon bijou de ma chemise et l’inspecte soigneusement. Mais non ce n’est pas l’un des signes qui y figurent. Ou donc ai-je pu bien voir cela. Je prends un crayon et bout de papier, et tente de le reproduire. Bien qu’adroit de mes mains, je n’y arrive que très mal, la représentation est si grossière, que je froisse le papier et recommence. Je trace d’abord un cercle, que je divise en trois parties, je trace le motif en m’appliquant de cette courbe qui en plein milieu se tord en sens inverse et se termine par une pointe de fléchie recourbée, suivant le bord du cercle. Décidément, il est très difficile sur le papier de tracer cette forme régulière, qui pourtant paraît simple sur la photo. Finalement je scanne la photo et la place dans mon dossier ‘aventures’ avec la copie de l’article. Je me décide enfin je jette un coup d’œil au chien tout en disant ‘promener’ celui-ci lève aussitôt le nez de la couverture ou il s’était assoupi, avec des yeux pleins de questions du genre : « «c’est vrai ce n’est pas une farce, j’ai bien entendu promener ? « . Il se dresse sur ses pattes, et frétille de la queue comme une morue fraîchement péchée, puis se dirige sur ma main qu’il léche, tout en continuant de me fixer de son œil interrogateur. Je me lève à mon tour, détache les clefs du clou, et nous sortons par le garage. Dehors le soleil brille nous partons pour une promenade dans le quartier, je mets son collier à mon compagnon, car la police municipale ne plaisante pas avec les propriétaires de chiens sans laisse. Une dizaine de pas plus loin, ‘le chien’ prend la pose caractéristique pour le caca. Je maugrée : « allons bon les réjouissances commencent » Je tire mon petit copain vers le caniveau, comme d’habitude, il résiste et se laisse traîner jusqu'à l’endroit prévu. Mais trop tard… je me saisis du sac en plastique que j’ai toujours dans la poche, le chien a l’air très contant de lui, libéré de sa charge, je ramasse la chose dans le sac replié, avec un frisson de dégoût, de sentir le contact mou et chaud dans la main, je retourne le sac pour libérer ma main, je fais un nœud, et nous voilà repartis à la recherche d’une poubelle, en tenant le sac du bout des doigts. M’adressant à mon petit ami je lui lance : « cela m’arrangerait bien si tu faisais cela dans les toilettes, à la maison, et si tu tirais la chasse d’eau par la même occasion. Il me regarde avec un air de dire « ouais !!! C’est ça et on sortira quand alors ? Si je n’ai plus de besoin à satisfaire dehors… ». Je croise un voisin qui me tend la main pour me dire bonjour mais se ravise aussitôt en voyant mes deux mains occupées : « Bonjour voisin, alors on parle toujours à son chien ? » Je réponds en souriant par : « heureusement qu’il ne parle pas, il aurait tellement à dire… ». Sur ces bons mots le chien aboie un coup bref, pour montrer qu’il peut quand même dire quelque chose. N’ayant pas trouvé ni de corbeille, ni de poubelle, je décide de rentrer à la maison. Dans le garage il y a ce qu’il me faut. J’en profite pour vider la corbeille du camping-car, et donner à boire à mon chien, je vais chercher mon téléphone portable, mon ordinateur, mon appareil photo, le journal, le chien s’installe sur sa couverture, je ferme la maison et nous partons vers de nouvelles aventures. Nous allons une fois de plus voir le pont de bois.

       C’est incroyable, exactement ou je m’étais arrêté dans le brouillard, se trouve dans le champ sur le côté le crop-circle ou du moins le peu que l’on en aperçoit vu de la route. De nombreuses voitures sont arrêtées et des gendarmes font la circulation, et oblige les curieux à partir, pour ce qui me concerne, je mets le clignot et me dirige sur la droite vers le petit bois. J’ai trouvé l’endroit idéal pour garer mon imposant véhicule, et peut-être pourrons-nous passer la nuit ici tranquillement, loin de la ville, ses lumières et ses bruits. Pour l’instant, il est l’heure de manger. J’ouvre une boite de conserve pour mon chien, qui me regarde faire en passant la langue plusieurs fois sur ses babines. Quant à moi une soupe en sachet, une tomate, quelques feuilles de salade, un œuf dur et une tranche de pain beurré et un bol de café, feront l’affaire. On frappe à la porte, c’est le paysan de l’autre fois que je fais entrer, malgré les aboiements de mon compagnon. « Vous voyez, c’est quand même un chien de garde… asseyez-vous, je vous en prie…  j’ai du café de prêt et même un peu de gnole… » Il s’assied, son bâton coincé entre les deux genoux. « Dites donc c’est pas grand comme maison… » (Il faut dire qu’il a eu du mal à s’asseoir, à cause de son ventre proéminent). « C’est pas grand, mais c’est beau, c’est le rêve de ma femme pour quand nous serons en retraite ». Sur ce je lui montre la chambre, la salle de bain toilette, et il ajoute : « ça paraît plus grand de l’intérieur que de l’extérieur » Je lui sers la tasse de café, pose la bouteille d’alcool sur la table, ainsi que le sucre. « Je me souviens de vous, alors vous l’avez vu le pont de bois ? » Je sourie et ajoute « je l’ai photographié sous toutes ses coutures, mais ce qui m’a le plus intéressé, c’est le vieux chêne … » Il hoche la tête et déclare « pour sûr, il a quelque chose de magique c’t’arbre là. Il est pas ordinaire, on dit au village qu’il est hanté, et qu’il y a des fantômes qui dansent autour la nuit, et qu’il y a de drôles de bruit comme des musiques et des gens qui chantent. Moi je suis venu y voir en pleine nuit, mais j’ai eu tellement peur que je n’suis pas resté …» Il trempe le sucre dans la tasse à café et s’envoie une goulée du noir liquide. Je me gratte la tête et lui demande « mais vous avez eu peur de quoi ? Vous avez vu quelque chose ? » Il repose la tasse et la complète  aussitôt de la quantité d’alcool nécessaire. « Non je n’ai rien vu, mais essayez de rester dans un bois la nuit, tout seul, avec tous les bruits étranges que l’on y entend, et en plus ma lampe de poche s’est arrêtée de marcher… j’ai pris mes jambes à mon cou, et j’ai filé comme un lapin, directement à la maison » . La dessus hop! Il s’enfile la tasse entière de café brûlant. « Et vous questqu' z'êtes venu faire ici avec vot camping car ? « Et bien moi la dernière fois que je suis venu, je me suis endormi prés de la rivière, j’ai dormi comme un loir et le chien aussi… je me suis dit si on dort si bien ici le jour, ça doit être encore mieux la nuit. Justement la météo prévoit une nuit claire, j’en profiterai pour admirer le ciel comme quand j’étais gosse, nous faisions cela de temps en temps avec mon père, et il adorait me montrer les constellations et me raconter des histoires de Dieux grecs… vous voulez encore une tasse de café ? » Il hoche la tête « Oui m’sieur, il est bon ton jus, et ta gnole aussi d’ailleurs » Je nous re-sert une tasse de café et mon interlocuteur déclare : « z’êtes bien sympathique, et dire que j’étais venu, virer l’intrus qui s’était garé sur mes terres… Si vous restez pour la nuit, pas de problèmes, mais ça me f’rait plaisir si vous veniez manger un morceau à la ferme, y aura même c’qui faut pour médor » Il me désigne le chien du menton, qui remue la queue pour montrer qu’il a compris. Il s’envoie la tasse de café d’une seule gorgée, rajoute l’alcool, et vide à nouveau  la tasse avec un grand hhhaaa ! Il me fait un grand sourire et ajoute : « Tu peux rester tant qu’tu veux, mais n’oublie de venir à la ferme. Tu peux pas t’tromper c’est la première à droite à cinq cent mètres juste après le virage. » Il se lève, le bâton dans la main gauche, tire un coup sur ses bretelles et me serre vigoureusement la main, de sa rude et large main d’homme de la terre, puis prend la canne de la main droite, et s’éloigne en sifflotant comme un auto-cuiseur.

Je suis ravi d’avoir discuté avec cet homme simple et sympathique, une authenticité, et une générosité que l’on aimerait retrouver à la ville.

Il n’est pas loin de deux heures de l’après-midi. Je me saisis de mon appareil photo, nous sortons du camping-car, que  je ferme soigneusement, et nous nous enfonçons dans le petit bois. Ca sent le moisit, la terre humide, une fine vapeur d’eau se promène au raz du sol, je pense que j’aurais du prendre un sac, car il y a sûrement des champignons. Dix minutes plus loin le chêne nous attend, impassible et fier. Je remarque à nouveau que le chien qui d’habitude urine partout, respecte le vieux tronc, il se roule dans l’herbe fine et la mousse sur le dos les pattes en l’air en poussant de petits grognements de plaisir. Je le prends en photo, ce qui a pour résultat de le faire se relever d’un bond en éternuant. Je photographie les inscriptions et dessins magiques dans l’écorce. La clairière est éclairée par des raies lumineuses de soleil, filtrant à travers les feuillages et bien apparentes à cause de l’humidité ambiante. Plus loin à l’extrémité de la clairière, des champignons, je m’approche et photographie un magnifique cercle de sorcières[jpl1] . Le petit pont est toujours auréolé de mystères, l’eau qui y coule est claire comme le cristal et scintille de toutes ses vaguelettes, et bruisse gaiement entre les pierres, le temps est toujours agréable, ensoleillé, et la végétation sur les rives chante de toutes ses verdoyantes couleurs, mon regard se perd dans la contemplation, de cette eau qui doit sûrement avoir des propriétés magiques, il ne peu en être autrement dans un lieux pareil. Au-delà du pont, un chemin pierreux, à peine carrossable, sinue à travers la végétation, et les grands arbres, plus loin dans la verdure, on aperçoit des pierres taillées, des restes de murailles, on dirait la ruine d’une église ou un château. Repris par mon habituelle curiosité, je quitte le chemin pour aller voir de plus prés, ces pierres. Ce sont des ruines d’un antique château fort, avec en annexe une chapelle gothique. Les sols dallés ont presque disparu sous la verdure les mauvaises herbes la mousse et les gravas des étages effondrés. Je m’engage dans la chapelle ou du moins ce qui en reste en portant mon animal dans mes bras, pour qu’il ne se blesse pas les pattes, il en profite pour me lécher, en guise de remerciements. L’autel, et le tabernacle de pierre sont presque intacts, si ce n’est l’usure de la pierre aux intempéries, une des deux colonnes qui encadraient le cœur, s’est enfoncée dans le sol, au point de pouvoir en admirer le chapiteau à hauteur d’yeux. Je pose le chien et m’en approche d’avantage et en photographie les détails. Prés du sommet il y a une sorte de graffiti taillé dans la pierre, je fais le tour de l’objet tout en en me rapprochant, et en zoomant avec mon appareil photo.

 

C’est un cercle contenant deux carrés entrelacés dessinant une étoile et quatre lettres ‘d’ formant une svastika. Je me détache de mon observation, au moment ou mon pied pousse une grosse pierre qui tombe du monticule et disparaît dans un roncier. Je la suis du regard, et mon cœur bat plus fort car j’ai bien failli tomber… mais j’entends la pierre qui continue de tomber, de rouler et de rebondir pendant un temps qui me paraît très long, pour se terminer par un 'plouf !' sonore, qui résonne comme dans un long tunnel. Il n’y a pas de doutes, il y a un souterrain là dessous… et aussi de l’eau. Bien que ma curiosité soit à vif, je n’irais pas m’y aventurer aujourd’hui, je ne suis pas équipé pour… Je reprend le chien dans mes bras et continue ma visite fixant le site en de nombreuses photos. Le chien qui a bien compris le danger, reste à mon pied, comme s’il aurait fait corps avec ma jambe, sans me quitter d’un centimètre. La journée a été fructueuse en émotions et en aventure. Je regarde ma montre, si je veux rendre sa visite à mon ami agriculteur, il va falloir y aller. Je refais tout le chemin en sens inverse,  le chien libéré des cailloux courre au devant, pisse une goutte et revient chaque fois à mes pieds. En pensant au souterrain, je me revois enfant visitant les nombreux blockhaus, vestiges de la guerre, du côté de Blériot plage, ils étaient souvent envahis de sable, et il fallait ramper pour accéder à un ancien nid de mitrailleuse, ou une tourelle de canon… Et l’horreur  totale d’un jour ou j’ai rampé dans un souterrain remplis d’excrément, dans la pénombre je n’avais rien vu, par contre au bout d’un moment j’ai brutalement senti… heureusement en maillot de bain, j’ai couru comme un lièvre jusqu’à la mer, le cœur au bord des lèvres pour me laver longuement, parcouru de frissons de dégoût. J’ai couru sur les galets qui bordent le sable, sans en sentir la douleur, malgré mes petits pieds sensibles. Heureusement c’était une belle journée d’été, la mer était haute et bien chaude. Cette petite aventure a bien guéri ma soif d’aventure pendant quelques temps, voire même quelques années.

Nous arrivons à vu de la ferme de notre ami, une grande cour avec des étables, des hangars abritant de grosses machines agricoles et du foin, un tas de fumier avec des poules qui picorent, une mare contenant une eau noirâtre et quelques canards qui s’y ébrouent, un gros chien noir qui m’accueille avec des aboiements agressifs, du coup je prends mon chien à bras pour lui éviter une morsure. Une dame d’âge indéfini sort en courrant d’une porte et poursuit son chien avec une serviette dont elle mouline l’air comme une éolienne en criant : « assez ! Tait toi ! Va coucher ! » Puis elle se tourne vers moi, et me dit désignant la porte qu’elle vient d’ouvrir: Seriez ti pas l’ monsieur au camping car ? Entrez, entrez, mon mari va arriver. »

       J’entre dans la pièce sombre ou domine une forte odeur de lait et de café, où elle m’invite à m’asseoir dans un profond fauteuil couvert de velours rouge, sur le dossier duquel est posé une sorte de long napperon. Prés de la cheminée, dans laquelle une cuisinière à charbon, chauffe une cafetière, et où une imposante marmite dont le couvercle se soulève de temps en temps et d’où provient une bonne odeur de ragoût.

       « Ah ! Vous êtes venu ! » me lance le maître de maison… « Z’avez pas eu trop de mal à trouver ? ». Puis ne me laissant pas le temps de répondre il se tourne vers sa femme : « Ce sympathique monsieur, possède un très beau camping-car… tu sais comme celui qu’on avait vu à l’exposition du Bourget l’année dernière… » La dame hoche la tête tout en coupant des carottes directement dans le chaudron, ou flottent déjà des poireaux. Puis se tournant vers moi elle demande : « Vous me l’frez visiter vot’ camping-car ? » Je réponds souriant hochement de tête, enchanté d’avoir du public. « J’termine not souper et pendant qui mijotera on ira y faire un tour … » … « Mais dit Joseph, y va bien manger et boire un coup c’ monsieur ? ». Joseph répond en levant ses bras et son bâton : «  Y peu pas faire autrement sinon il a pu l’ droit de parquer son engin dans l’entrée du champ …. » et il termine en riant et en se tapant sur les cuisse. Il a un air et une façon de parler qui me rappelle l’acteur Jean Gabin, quand il jouait des rôles de patriarche fermier.

       Je profite pour poser des questions sur le château en ruine. Il me répond : «  Ah oui l’ tas d’ cailloux, faut pas y aller c’est maudit, y a des tas de gens, qui y sont allés et qui en sont jamais rev'nus, c’est plein d’ serpents et de rats, y doit y avoir des oubliettes ou des trucs comme ça… l’ maire avait posé un panneau entré interdite, y voulait l’ raser pour libérer l’ terrain, mais les archéologues y z’ont pas voulu, y a une dizaine  d’année y v’aient plusieurs fois par semaine pour mesurer, gratter la terre avec des pinceaux, y z’ont mis des poteaux avec des bandages et personne avait l’ droit d’y aller c’était des monsieur d’Paris, y z’étaient cons comme des parigots… y’ en avait de toutes sortes, des en costumes qui engueulaient des en treillis et des en treillis qui hurlaient contre des malheureux en toile bleue. Y’ a des journalistes de la télé qui sont venus avec des camions pleins de matériel, ça a gueulé si fort que le maire se demandait si y fallait pas appeler les gendarmes avant qui s’entretuent. Les gars de la télé sont v’nus nous poser des questions, mais nous ont n’avait pas les réponses, alors y sont partis, puis quelques jours après y sont tous partis, y z’ont même  laissé une camionnette pourrir sur le terrain, des ferrailleurs sont venus la chercher  au moins cinq ans après, depuis on n’a plus jamais revus tout ces gugus».  Je profite d’un moment où il reste silencieux les yeux dans le vague pour lui demander.

-                    A qui appartiennent ces ruines ?

Il me répond en agitant sa canne d’un balancement désordonné :

-                    J’sais-ti ? De toutes façon ce lieux est maudit, tous les jours y z’avaient des accidents, morsures de serpent, de rats, éboulement des murailles, pannes diverses, c’est comme si l’château y’s’ défendait contre les visiteurs.

-                    Y s’passe tout le temps des trucs bizarres dans ce coin ci… v’la ti pas qu’les martiens sont venu dans le champ a ‘chien rouge’ pour y faire des dessins, dit-il en se tournant vers sa femme. Chien rouge c’est son surnom… on a tous des surnoms ici. Moi le mien c’est ‘bâton’ malgré que j’m’appelle Joseph et ma femme c’est mémére Paula, dit-il en se retournant de nouveau vers moi.

Je pense que la mairie est fermée à cette heure ci, j’irai demain consulter le cadastre. Dis-je en leur faisant un clin d’œil, peut être que vous m’aurez comme voisin, si j’achète le terrain…

Tout les deux me regardent l’air complètement atterrés par ce que je viens de leur dire.

-                    Faites pas ça dit Joseph, vous allez perdre de l’argent, Y’a trop de travail pour rendre le terrain viable, les ruines ont été bâties sur de la pierre, terrain n’est pas plat, z’arriverez pas à construire la d’sus.

Je lui répond par mon plus beau sourire, ce qui lui fait dire

-                    Bah! Après tout, c’est vous qui voyez …

Sur ce, il tente de rallumer le tout petit bout de mégot jaunâtre, qui pend au bord de sa lèvre, en mettant la tête en biais. Le mégot rougit à nouveau, mais je ne peu m’empêcher de penser qu’il a du se cramer, une bonne touffe de poil qui lui sortait de la narine…

-                    Core une tite goutte ? ajoute-il en balançant la bouteille d’alcool .

-                     

... A suivre)

 


                                                                                                                                                                               

 

 

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(*) Beaucoup de gens pensent qu’il faut invoquer un ange gardien pour trouver rapidement une place pour se garer en ville.


 [jpl1]Ces cercles de champignons étaient autrefois appelés ainsi, mais en fait il s’agit plus probablement de spores de champignons , contenus dans les petites crottes de lapins, qui ont produit des pousses, ces animaux ayant  l’habitude de se rassembler en cercle la nuit.